La vision de Jean Touitou ( A.P.C ) post Covid-19

Mis à jour : juin 9

Aujourd’hui, j’avais envie de parler de la marque A.P.C.

Il y a quelques temps, pour être exact le 1er avril, Jean Touitou, donnait une interview pour le magazine Business Of Fashion. Il exprimait son impression et son point de vu sur la mode et le covid-19. Une interview que j’avais envie de vous retransmettre tant par sa qualité que pour le respect que je porte à ce grand designer. Parce qu’il est important de connaître les avis et les divergences de chacun face à cette pandémie de covid-19.


Nous sommes donc début mars 2020, rappelez-vous. À cette période, la France n’est pas encore confinée. Jean Touitou raconte qu’il a reçu un message de la part de l’école de sa fille. Toute personne venant du nord de l’Italie ne pourraient pas être là le jour suivant. Il commence donc à s’interroger. Il ne comprend pas pourquoi, ce qui est valable pour l’école de sa fille, ne l'ai pas pour l’ensemble de la profession. J’entends par-là, les photographes, les maquilleurs, les mannequins, les coiffeurs etc. Nous sommes juste avant le défilé de mode APC pour la Fashion Week de Paris. Trois jours plus tard il annulera son défilé. Il avait un terrible mauvais pressentiment. Dans son équipe il était presque seul à prendre cette décision. Mais il ne voulait pas avoir le poids de la responsabilité sur ses épaules. Et il avait vu juste...

Seulement les lobbyistes ont une voix beaucoup plus bruyante et ont toujours tendance à faire croire que les choses ne sont pas si mauvaises qu’elles ne paraissent. Pour Jean Touitou, la mode est comme la Corée-du-Nord en matière de communication.

Pour le moment la collection Printemps - Eté 2020 est en boutique. Mais celles-ci sont fermées et le e-commerce est similairement compromis. Cela fait beaucoup de pièces en dormance. Jean Touitou dit qu’il est prêt à lancer la pré-collection Automne - Hiver 2020. Mais il y a des questions qui restent en suspens.

Quand pourra-t-on rouvrir les ateliers ? Et combien de promotion y aura-t-il besoin pour l'après-coronavirus? Quelle sera la réalité de la demande des consommateurs ?


La collection Printemps - Eté 2021 d’A.P.C est déjà dessinée et les prototypes sont déjà réalisés. Il va clairement être compliqué de pouvoir présenter la collection si l’Europe a ses frontières fermées. Mais outre cette problématique comment va-t-il être possible de réaliser un shooting photo pour le look-book, avec des règles barrières de distanciation social aussi strictes?


L’autre problématique qui persiste et celle de la trésorerie. Et oui, le staff, les loyers, ainsi que les nouvelles règles de la législation mondiale ont un coût. APC emploie 450 personnes dans le monde. Et jusqu'à 3000 personnes si l'on totalise l'ensemble des collaborateurs extérieurs.


Mais alors que la menace plane au-dessus de la collection Automne - Hiver 2021... " Un poisson peux aller pêcher, un boulanger peux faire du pain, mais dans la mode nous devons créer quelque chose de nouveau tous les six mois. Et cela signifie que nous devons trouver de nouveaux tissus. Mais tous les tisserands ont fermés la semaine dernière. Comment développer une nouvelle collection ? Il faut être créatif trouver des remplaçants dans les pays qui ont encore des tisserands. Peut-être le Japon pourrait remplacer les usines italiennes mais il y aura un problème de temps dans le développement de la fabrication. Des tissus et des motifs… Et nous sommes censés lancer les prototypes pour la saison prochaine dans moins de deux mois. Comment pouvez-vous faire cela si vous n’avez plus d’atelier ? ".


Jean Touitou reste quand même assez optimiste, il a cette étrange personnalité où plus la situation est complexe et plus il reste calme. À l’inverse, quand la période est bonne il pourrait devenir une personne très névrotique. Mais face a un danger tel que celui-là... C’est différent. Jean Touitou est prêt pour la guerre : " Une réunion à 5h du matin avec l’ensemble du conseil d’administration pour discuter de la réduction des dépenses à faire, mettre en place des plans pour six mois... et si il n’y a plus d’atelier en France ? Où allons-nous ? ".


" Depuis 10 ans, les gens disent que cela doit cesser". " Quand vous regardez les gens du premier rang de votre défilé de mode, il semble que tout le monde soit sur le point de vomir. Ils sont lassés". " Oh non, encore. Je ne suis pas d’accord. Je ne pense pas que mon visage n’est jamais ressembler à ça lors d’un premier rang " dit-il. " Plutôt un visage hybride entre la pensée et l’enthousiasme ". Il trouve des choses excitantes qui se passent mais juste beaucoup trop. Pour lui, il attribut ça à ce qu’il appelle le " système de cyber - mercantilisme ".


Comme cela arrive souvent dans l’univers de la musique (si dieu le veut) un groupe arrive à percer et produire son disque. " Le problème n’est pas tant le volume mais la marge. Quand cela vous coûte un, vous allez le vendre pour six. Comme cela il est possible de verser les salaires, payer le loyer et à la fin de l’année il serait même peut-être possible d’avoir un bénéfice. Seulement l’industrie recherche du neuf. C’est à ce moment précis qu’il s’étire. Faires les tirages et la finition dans ce pays pour économiser quelques centimes. Il y a trop de marchandises qui font le tour du monde comme des fous, à la recherche de plus gros profits. Il devrait y avoir un montant raisonnable qui peut-être toléré et après cela une ligne rouge. Et ils ont tous franchi la ligne rouge".


Il est évident qu’avec la pandémie du Covid - 19 les voyages deviennent difficiles.

Une nouvelle prise de conscience des frontières pourrait être l’héritage de la crise ce qui pourrait mettre un terme à l’internationalisme libre et facile de la mode. " Pensez au shooting photo " dit - il " Pourquoi transbahuter dix personnes dans un studio en Arkansas alors que vous pouvez juste le faire à Paris ? Je peux voir comment cela inspirera un autre type de créativité. En voyageant moins. Nous devons réduire tout ce que nous faisons ". Même avec les défilés de mode. Il y aura probablement moins de mode. " Mon idéal serait une Fashion Week par an. Je ne pense plus vouloir appartenir à ce cirque. J’ai de l’amertume je dois dire - des gents qui disent continue de danser lorsque le bateau coule. Mais si je déteste ce cirque, je ne déteste pas les défilés de mode. J’aime préparer des looks avec Judith et Suzanne (Styliste pour A.P.C). Peut-être nous ne feront plus de show, mais nous ferons le look d’un show. Parce que nous aussi, nous avons besoin de rêver la mode. Nous allons donc terminer la collection et l’emmener ailleurs, peut-être une fois tous les deux ans, créer un nouveau format autour du calendrier. Regardez Azzedine Alaya. Il a réussi à faire exactement ce qu’il voulait ".


Un cerveaux qui tourne à plein régime avec ses envies, ses questions et surtout des idées différentes pour la mode. Changer ce qui est peut-être devenu des "habitudes" de créations et de travail. M. Touitou a livré ses impressions et sa vision, a nous de construire la nôtre.



14 vues

L'institut est ouvert du lundi au vendredi (sauf jours fériés)

De 9h à 19h

06.32.65.38.92

hello@institut-mc.fr

© 2023 Propulsé par madeinchatel.com